
Jusque là, j'étais courageuse, forte, je voyais tout le beau de ma vie, je vivais dans le présent... Alors ça va, c'est accepté socialement... Mais si j'ai le malheur d'exprimer ma peine, le trou noir qu'est devenu mon avenir, l'angoisse que ça me fait vivre... Là, ça n'est pas accepté... Je me fais faire des tas de reproches ! La perte réelle que je subie, les courriels quotidiens d'amour que je ne reçois plus, les moments de bonheur partagés que je vivais chaque semaine, les projets d'avenir que je faisais et qui me mettaient le coeur en joie... Tout ça n'existe plus, mais je n'ai pas le droit de le dire ! C'est trop dérangeant, je suppose, je ne sais pas... Les personnes qui minimisent la perte sont souvent celles qui n'ont jamais vécu toutes seules, qui sont en couple depuis longtemps, et ont la chance d'avoir un couple solide qui traverse le temps... Elles n'ont pas comme moi, cherché l'amour pendant presque toute leur vie adulte, pis cru le trouver, n'ont pas savouré chaque jour de bonheur en pensant qu'enfin leur tour était arrivé après tellement d'années difficiles, pour ensuite tout perdre encore une fois... J'ai de la peine, l'homme que j'aime me manque et je ne peux rien y faire... Je n'ai plus de projet d'avenir, je pensais qu'on vieillirait ensemble...
Je me répète inlassablement qu'on ne connait pas l'avenir, que la vie me réserve peut-être une belle surprise... peut-être ! peut-être ! Mais là, la seule certitude que j'ai, c'est que l'homme que j'aimais me manque, qu'il m'a rejetée, que je suis toute seule pour tout affronter... que ça fait mal et que je trouve ça injuste...
J'étais dans le dénie et la colère, c'était plus facile, là, je commence à être dans l'impuissance et dans la peine, c'est plus difficile, surtout quand on se sent jugée, critiquée...
Heureusement, j'ai ma fille, ma fille merveilleuse qui est le soleil de ma vie et pour qui je tiens le coup, pour qui je me lève vaillamment tous les matins, pour qui je fais tout ce que je dois faire, pour qui je prends soin de moi... Je fais de mon mieux, une journée à la fois...
